PLUME d'Henri Michaux

Publié le par Monsieur Guy

PLUME d'Henri Michaux


Metteur en scène : Sylvain Maurice
Avec Alain Macé, Dayan Korolic

 

Au Théâtre des Déchargeurs, jusqu'au 29 octobre

 

 

Une nouvelle saison commence… de belles promesses en perspective, mais déjà une  belle découverte et une déception, je commencerais par celle-ci: "Le Voyage d’Alice en Suisse", de Lukas Bärfuss, actuellement au Théâtre de La Bruyère, après avoir été jouée au Grenier à Sel lors du dernier Festival d'Avignon et récompensée par  le prix de l'Adami.

 

J'avais découvert Lukas Bärfuss en voyant "Les Névroses sexuelles de nos parents" dans la belle mise en scène de  Hauke Lanz, au Théâtre Paris Villette en 2009. "Le Voyage d’Alice en Suisse" traite de l'euthanasie en Suisse, les "Névroses"  du traitement affligé aux personnes en prise à des troubles du comportement. Mais là, où entre la tragédie et l'absurde,  Hauke Lanz  nous faisait entendre les contradictions d'une société bien pensante, Yvon Lapous nous invite à un univers quasi  clinique, monotone et sans relief. Les comédiens donnent l'impression de faire leur travail, de ne pas être portés par une tension. Une mise en scène qui rend confortable un texte qui ne l'est pas.  Un théâtre enfin, qui profitant de l'air du temps, trouvera peut-être sa place et fera le plaisir de ceux qui apprécient autant le confort des sièges que le réconfort que procure l'illusion de faire partie de ceux qui pensent bien.

 

 

Il en va tout autrement pour "Plume" de Michaux au Théâtre des Déchargeurs

 

Déjà présent l'année précédente dans le même lieu pour "L'apprentissage" de J. L. Lagarce, où ils ont eu un bel accueil, tant de la part du public que des critiques, le metteur en scène Sylvain Maurice  et le comédien Alain Macé récidivent pour notre plus grand bonheur.

 

 


plume

 

 

 

De Lagarce à Michaux en passant par Beckett (Premier amour, cet été à Avignon) Sylvain Maurice et Alain Macé nous enchantent par la constante qualité de leur travail.

 

Qu'il est bon d'entendre Henri Michaux, surtout pour ceux qui comme moi le connaissent si peu.  Un poète qui non seulement vous rend moins bête, mais qui dans un même temps vous rend fier de ces idées parfois en vous que vous n'osez pas exprimer. Il refusera toute sa vie la place du maître, de celui qui sait, de celui qui a. "Il n'est pas de moi. MOI n'est qu'une position d'équilibre" 

 

Dans "Poteaux d'angle": "Bête pour avoir été intelligent trop tôt. Toi, ne te hâte pas vers l'adaptation.

Toujours garde en réserve de l'inadaptation".

 

Et encore: "Dans la chambre de ton esprit, croyant te faire des serviteurs, c'est toi probablement qui de plus en plus te fais serviteur. De qui? De quoi?  Et bien, cherche. Cherche."  

 

"On n'est pas seul dans sa peau", disait-il aussi.  Ce qui rend difficile de qualifier Plume c'est justement la multiplicité des interprétations que l'on peut en faire. Plume n'est pas seulement une victime du sort, il en est aussi parfois l'agent, le complice. Par son jeu Alain Macé s'empare de cette multitude de facettes.

 

Quel cirque la vie! Pour Michaux le dompteur de mots, l'acrobate des sens, le funambule de la déraison, Plume semble avoir été son clown.  Dans un même corps le burlesque et le cauchemar s'entrelacent.  Alain Macé incarne à la perfection le nerf et la chair du verbe de Michaux en  faisant  corps avec lui, en nous en  restituant toutes les nuances. On ne peut que saluer sa performance. Par sa présence, le musicien Dayan Korolic à la basse, rythme et  fait écho de belle façon au jeu d'Alain Macé.

 

Bravo et merci pour ce beau travail d'équipe, qui nous donne l'envie de relire ou de découvrir un grand poète.

                                                                                                                                                        

Publié dans Théâtre

Commenter cet article