Les Prédateurs

Publié le par Monsieur Guy

Les Prédateurs

 

Auteurs : Patrick Chevalier et Ismaïl Safwan
Mise en scène : Ismaïl Safwanh
Distribution : Patrick Chevalier

 

Au Lucernaire, jusqu'au 27 mars

 

 

Lors d'une interview en 1973,  Jean Luc Godard disait: "L'exploiteur ne raconte jamais à l'exploité comment il l'exploite, c'est à l'artiste de le faire", et il précise  par la suite qu'il incombe à l'artiste de raconter d'une autre manière pour à la fin raconter autre chose.

 

C'est de cette autre manière que Patrick Chevalier et son spectacle "Les Prédateurs" s'emparent. Il ne nous dit pas plus que ce que l'on peut savoir par ailleurs des prédations du monde de la finance et de la crise des subprimes.  Après un bref et légèrement laborieux  exposé de la situation économique actuelle, Patrick Chevalier nous entraine dans une succession de portraits dont le burlesque révèle  le nihilisme effroyable dans lequel baignent ces hommes agités par leur seule cupidité. Dire d'eux qu'ils sont cyniques serait un euphémisme. Ils ne sont pas immoraux mais amoraux. Il leur faut des hommes objets pour atteindre leurs objectifs. Patrick Chevalier nous fait entendre les corrélations fréquentes et révélatrices entre les mots du marché et ceux de la guerre.


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Dans "L'indicible", Joseph Roth écrit: " Le cercle magique de mensonge que les criminels tracent autour de leurs méfaits paralyse la parole et les écrivains qui la servent".

 

La complexité de la démonstration du "professeur d'ingénierie quantitative" et le discours alambiqué de l'amateur d'art nous renvoient à une pseudo complexité derrière laquelle s'abrite l'oligarchie financière et politique afin de désarmer toute critique. Il ne pourrait y avoir de réponses simples au malheur puisque que les questions  des experts de tout poil sont compliquées.

 


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Coécrit et mis en scène par Ismaïl Safwan, "Les Prédateurs" par son parti pris,  interpelle  dans un même temps la place et le rôle du théâtre et du spectateur.

 

Les mots et la figure du comédien qui jouent, là,  devant nous dans cet instant privilégié parce que choisi, nous renvoient aux commentaires ou discours  ambiants, subis, qui pourraient bien se jouer de nous.

 

Dans un épilogue savoureux, Patrick Chevalier convoque La Boétie  et son " Discours de la servitude volontaire" plus actuel que jamais, bien qu'écrit en 1552.  

 

Pour ma part,  en sortant du spectacle  il m'est revenu à l'esprit  cette pensée de Blaise Pascal: "Il ne faut pas que le peuple sente la vérité de l’usurpation : elle a été introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable ; il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement si on ne veut qu’elle ne prenne bientôt fin".

 

Merci et bravo à Patrick Chevalier et Ismaïl Safwan pour cette belle communion entre le rire et l'intelligence.

Publié dans Théâtre

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