Les Fleurs Gelées

Publié le par Monsieur Guy

Les Fleurs Gelées

 

D’après La Fête à Solhaug de Henrik Ibsen et La Femme de Sire Bengt de August Strindberg, Adaptation, chansons et textes additionnels et mise en scène: Léonard Matton


 

Dramaturgie: Roch-Antoine Albaladejo, Musique: Jules Matton, Scénographie: Aurélia Michelin d'après des dessins originaux de Luc-François Granier, Lumières: Mohamed Mokaddemini, Création costumes: Agatha Ruiz de la Prada, Chorégraphie: Julien Dusart et Philippe Lamassoure

 

Avec Julie Cavanna, Marjorie de Larquier, Mathias Marty, Léonard Matton, Alexis Michalik ou Benjamin Penamariaet Nicolas Saint-Georges

Au Théâtre 13, 103A, boulevard Auguste-Blanqui - 75013 Paris, jusqu'au 13 février 

 


En 1956, alors âgé de 28 ans Henrik Ibsen écrivit "La fête à Solhaug". Vingt-quatre années plus tard, âgé de 31 ans, August Strinberg en écrira une suite: "La femme de Sire Bengt".

 

Jeune aussi, mais déjà auteur de plusieurs mise en scène, dont un original "Malade imaginaire" au Lucernaire la saison passée, Léonard Matton, a éprouvé le besoin de réunir et d'adapter ces deux textes sous un titre à l'accent oxymorique: "Les Fleurs Gelées", tragi-comédie baroque.

 

Bien que transposées au temps médiévaux, ces deux intrigues préfigurent déjà le regard acéré que les deux auteurs porteront sur leurs contemporains, notamment la bourgeoisie et sa morale. Il nous est permis de croire que cette transposition en d'autres temps est une ruse de jeunesse permettant l'économie d'une confrontation avec les préjugés de leurs ainés. La quête d'absolu de leurs héros se heurte aux lois et coutumes prédominantes.

 

 

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S'il reste fidèle au sens et enjeux des deux textes qui grâce à lui ne font plus qu'un, Léonard Matton ne se prive pas de se jouer des formes de leur représentation. Un prélude insolite nous invite à un lâcher prise des attendus de la représentation théâtrale qui rodent encore plus ou moins dans la tête de tout spectateur. La belle scénographie d'Aurélia Michelin ne nous donne pas d'indication sur l'espace géographique où se situe l'action. Peut-être tout au plus verrons nous la figure de trolls dans les dessins inquiétants de Luc-François Granier, qui ornent les bannières accrochées aux cintres. Le choix des costumes aux formes et aux couleurs extravagantes d'Agatha Ruiz de la Prada habite et couronne le tout.

 

Tant par la générosité de leur jeu que par la qualité de leur diction, les comédiens se régalent en nous régalant. Marjorie de Larquier est une Margit inquiète et inquiétante qui préfigure les personnages féminins du théâtre d'Ibsen et de Strinberg.

 

 

En accentuant l'anachronisme proposé par les illustres dramaturges qu'étaient Ibsen et Strinberg, Léonard Matton le dépasse pour nous conduire vers une intemporalité qui offre aux spectateurs la possibilité d'une approche contemporaine. Par cet abord baroque et burlesque de la tragédie, la gravité n'est pas édulcorée, ni dénaturée. Le sourire et le rire ouvrent ici, des portes vers l'attention et la compréhension, là où certaines propositions "sérieuses" auraient suscité le désintéressement, voire l'ennui d'une grande partie du public. Voilà pour moi un bel exemple de ce que peut être un théâtre à la foi populaire et exigeant.

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