Effroyables Jardins de Michel Quint

Publié le par Monsieur Guy

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Effroyables Jardins de Michel Quint

adaptation, scénographie et mise en scène: Márcia de Castro

avec: André Salzet

lumières: Ydir Acef


Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs 75006 Paris, jusqu'au 24 janvier


Entre un aller à Bordeaux, où il va assister au procès de Maurice Papon, et un retour introspectif à son adolescence, le narrateur d'Effroyables Jardins explore le lien entre le jardin de son histoire intime et l'effroyable terrain de la guerre de 39-45, labouré par la haine et l'inhumain.

 

Adolescent, bon élève, le narrateur se sent promis à un bel avenir, il rêve de hauteur. Mais il aimerait être plus bas que terre lorsque son père s'accoutre de son costume de clown. Dans ces moments, il se sent envahi par la honte.

C'est Gaston, l'ami de la famille, qui va l'entraîner dans les sous-couches du passé pas si lointain, là où lui et André le père du narrateur, aujourd'hui instituteur, furent résistants et otages. Les révélations de Gaston vont révolutionner autant le regard de l'adolescent sur son père, que celui sur la vie.

 

En révélant à l'adolescent que son père et lui ont résisté et survécu à la haine, Gaston lui révèle dans un même temps l'incongruité de sa honte.

 

A la fois roman initiatique et fable philosophique, Effroyables Jardins révèle au lecteur, ici au spectateur,que l'identité de chacun prend ses racines dans le terreau de l'histoire et de ses désordres. L'ignorer, c'est faire le lit de la peur et de la honte de l'autre. Pire, c'estse retrouver désarmé lorsque l'ignorancemétamorphosée en déni, donnera libre court à la haine destructive et meurtrière.

 

Le clown, ici figure allégorique du vivant et de ses désordres, sort vainqueur en introduisant du sens et de la pensée dans les rouages de la machine aux ordres de la mort.

 

L'auteur, Michel Quint, a écrit des dramatiques pour la radio et enseigné le théâtre.

 

C'est peut-être une des raisons pour lesquelles ce texte supporte si bien l'adaptation sur un plateau.

 

La scénographie et la mise en scène de Márcia de Castro, soulignent et accompagnent tout en nuance les enjeux du texte.

 

Dans le rôle du narrateur, André Salzet est émouvant de justesse dans son habilité à trouver un juste équilibre sur le fil de son jeu, qui l'empêche de sombrer dans le pathos.

 

Un spectacle d'une incroyable actualité, où l'identité n'estpas une fleur rêvée, renouvelée à l'identique dans un jardin en ordre et aux ordres, où il suffirait d'obéir. L'identité, ici, est synonyme de singularité, d'aléatoire, d'enracinement dans le vivant, où vivre c'est penser sa place en incluant celle de l'autre.

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