Au pied du mur sans porte

Publié le par Monsieur Guy

Au pied du mur sans porte

 

Ecrit et mis en scène par: LAZARE

Scénographie : Marguerite Bordat

Chorégraphie : Conseil chorégraphique Marion Faure 

Comédien : Anne Baudoux, Julien Lacroix, Claude Merlin, Mourad Musset, Yohann Pisiou, Claire-Monique Scherer

Musicien : Benjamin Colin, Frank Williams 

Lumière : Bruno Brinas

Son : Composition sonore Benjamin Colin, Frank Williams 

 

Amateurs de théâtre pour qui la finalité n'est pas de comprendre, pour qui l'empressement à savoir si vous avez aimé ou non n'est pas si important, bref si, de vous retrouver à la porte de chez vos opinions ou convictions face à un mur d'incertitudes ne vous fait pas peur, alors courrez voir "Au pied du mur sans porte".

 

Faites le mur et ouvrez grandes vos portes. Vous allez entendre les bruits et les mots de la cité, de la zone, de la marge. Les dérangés, les décentrés, les étrangers, sont là, à ne pas vous attendre. Quand bien même vous auriez payé et réservé votre place, vous aurez l'étrange sensation d'arriver à l'improviste.

 

Ici la parole se coupe, se fragmente. Le sens s'interdit et les voix sont sans issues face au mur de la domination et de ses sirènes "compatissantes" ou policières. Toute agitation devrait cesser et le sommeil régner grâce aux somnifères licites ou non.

 

Face à cette coexistence pacifique souhaitée, le théâtre de Lazare oppose et propose une coexistence poétique.

 

Les cités de banlieue, Lazare les connaît, il y est né. Sachant à peine lire et écrire, il va être accueilli au Théâtre du Fil à Savigny/sur/Orge. Dans ce lieu où aucun niveau scolaire n'est exigé il va prendre ses premiers cours de théâtre. Ce sera pour lui une véritable révélation. Ensuite il sera accueilli à l'Ecole du Théâtre National de Bretagne et jouera sous la direction de Stanislas Nordey. Il y rencontrera aussi Claude Régy qui aura sur lui une belle influence.

 

Lazare nous propose une plongée dans le quotidien des cités en suivant le parcours de Libellule, enfant issu de l'émigration et en proie à une grande agitation. Ce n'est pas par des effets de bonnes paroles et d'indignations que fonctionne le théâtre de Lazare. On n'en sort pas avec la confortable impression d'être du bon côté. Pas de message, mais une invitation au voyage dans les contrées troubles et singulières de l'enfance et de l'adolescence.

 

Seul dans sa chambre, Libellule (Mourad Musset) en prise à son imagination casse son jouet, de cette fracture naît son double (Claude Merlin). A partir de cette idée forte Lazare tisse son écriture et sa mise en scène et nous entraine vers une perception poétique d'un domaine où l'apriorité se devrait d'être essentiellement politique.

 

 

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L'originalité et la vigueur de l'écriture de Lazare repose sur sa capacité à entrelacer les antagonismes jusqu'à les unir: Dans un même espace-temps, cohabitent la mort et la vie, l'autre et son double, le mur et la porte. En proposant un dépassement du manichéisme, Lazare offre au spectateur un nouveau champ de vision et de sensibilité. Le propos n'est plus de savoir ce qui oppose, mais ce qui désunit.

 

En créant l'analogie entre l'agitation des cités et celle qui traverse Libellule, Lazare nous renvoie à la nôtre et à la fragile union entre être au monde et naître à lui.

 

Sur le plateau, une belle cohésion servie par un savoir faire et une énergie sans faille des comédiens. Musiques, chants et textes communient à l'unisson afin de nous faire entendre toute la poésie de cette création vraiment singulière et originale.

 

Ce spectacle à été donné à L'Echangeur à Bagnolet. Je ne manquerai pas de vous signaler sa reprise en d'autres lieux.

 

Sinon il est possible de voir le précédent spectacle de Lazare: >strong>"Passé - je ne sais où, qui revient" à la Comédie de Béthune(62) du 15 au 17 février.

Publié dans Théâtre

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