Antonio Tarentino

Publié le par Monsieur Guy

Stabat Mater

 

Mise en scène par Eric-Gaston Lorvoire

Avec Annie Mercier


Au théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris. Jusqu'au 15 mai


  Décidément le Lucernaire nous gâte, après Laurence Février, Michèle Guigon, il invite dans ses murs une autre grande comédienne, Annie Mercier. Elle a joué avec les plus grands metteurs en scène, de Roger Planchon à Charles Tordjman, elle était Dorine dans le Tartuffe de Stéphane Braunschweig. Fascinée par l'écriture d'Antonio Tarantino et tout particulièrement par son Stabat Mater,  elle n'aura de  cesse que d'interpréter  le rôle de Marie. Par son charisme, son énergie et cette voix si singulière qui semble sortir de tout son être, elle est Marie.

 

   Marie, fille-mère, ex-prostituée, vit de petits trafics. Elle attend Jean le père de Jésus, qui l'a larguée quand elle était enceinte. Et Jésus a disparu.

 

  Marie évoque à sa façon, l'attente de Jean, le moins que rien, de surcroit obsédé sexuel, et la recherche de son fils Jésus obsédé, lui, par Marie-Madeleine et la politique.

Affiche 300

  Voilà un théâtre que j'aime, le théâtre de l'inconfort. La compassion, l'indignation sont insuffisantes pour entendre et saisir la portée d'un texte aussi puissant et dérangeant que le "Stabat Mater" d'Antonio Tarantino.

 

  A l'origine le Stabat Mater est un texte religieux du 13ème siècle évoquant la souffrance de Marie lors du martyr du Christ. Antonio Tarantino le transpose dans l'univers de la pauvreté de son Italie natale.

 

  Il y a quelque chose de volcanique dans cette langue. Les mots jaillissent brûlants, nous empêchant de nous en saisir trop vite et de les ordonner dans une interprétation trop hâtive.

 

  C'est la langue de la misère que nous entendons, mais jamais une langue misérable. Une langue à vif, où dans une énergie folle, les mots vociférés et les phrases répétitives révèlent la rugissante énergie de l'être humain blessé au plus profond de sa condition. L'obscénité et la vulgarité croisent une incroyable et fulgurante lucidité.

 

  C'est de cet entrelacement du profane et du sacré que nait la poésie d'Antonio Tarantino. En faisant se rencontrer les soi-disant contraires qui étayent la pensée manichéenne, il crée un court circuit, une faille, un désordre salutaire. Marie incarne le désordre, les forces de l'ordre auront raison de son fils.

 

  Eric-Gaston Lorvoire met en scène un univers de pacotille où évolue Marie, en fond sonore quelques chansons sirupeuses à souhait. Le contraste est saisissant et révélateur. Une revue "people" sur une chaise et "Les feux de l'amour" à la télévision n'auraient pas dépareillés. La misère n'est pas seulement l'affaire des pauvres.

Publié dans Théâtre

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