Orgie de la tolérance, Jan Fabre

Publié le par Monsieur Guy

  Pétard mouillé, un soir de 13 juillet!

 J'ai enfin découvert le travail de Jan Fabre. Sa réputation de provocateur n'est pas faite pour me déplaire. Si je vais au théâtre c'est bien dans l'espoir de voir des spectacles qui provoquent de la pensée. Mais là, n'étant pas possesseur de Chesterfield, je ne me suis pas senti vraiment concerné.

 

 Dans le programme du spectacle on peut lire les intentions de l'auteur, en voilà l'intégrité:

http://www.festival-avignon.com/fichiers/document/124574943123/file_entretiens09_JF.pdf

et un extrait assez révélateur, souligné par moi:

 

"La pornographie, c'est le mal absolu et en même temps, la société crée un espace de tolérance, bien délimité, comme des   « camps de sexe » : des chaînes spéciales, des sites spéciaux, où tout est contrôlé et normalisé mais offert à foison, par catégories précises et pour tous les goûts. Comme un masque placé sur le sexe, afin qu'il ne  déborde plus dans la vie normale, qu'il soit bien cantonné et qu'il rapporte le plus possible d'argent. Le sexe permet à la fois des discours très moralisateurs et des profits immenses et c'est la même société occidentale qui tient ces deux discours. Je ne sais pas comment on peut accepter cette hypocrisie. Et de nouveau, tout cela est fait au nom de la tolérance.

 

Le personnage central de votre « orgie » n'est-il pas le canapé Chesterfield ?

Le Chesterfield est l'emblème du spectacle. Je suis également parti de cette vision : confortablement assis sur un Chesterfield, on regarde la télévision. Le cul sur un fauteuil de luxe, les sens sont pris en otage et on accepte tout, on n'a plus aucun regard critique. La douceur confortable et le luxe voluptueux du Chesterfield autorisent le fait de voir les pires horreurs et de raconter les pires âneries. Toutes les images et tous les discours sont possibles, du moment qu'on a son cul bien au chaud dans le cuir rembourré ! L'idée était de faire une sorte de ballet de Chesterfield, en montrant de quoi les hommes et les femmes sont capables, et en leur faisant subir les pires outrages. Pas de tolérance avec la tolérance, c'est cela l'orgie de tolérance…"

 

 Le masque est-il uniquement placé sur le sexe? Ne l'est-il pas sur toutes les formes de vie et d'activités humaines? N'est-ce pas l'élargissement et la marchandisation à outrence du vivant  qui non seulement débordent mais noient la vie "normale"? Que le terreau du sexe soit hautement sensible et fertile à la provocation, d'accord, mais n'aurait-t-il pas été  plus judicieux, du fait de cette sensibilité, de ne se contenter que de la métaphore? Et à partir d'elle, faire entendre l'absurdité et l'horreur de ce monde désigné timidement d'"occidental", comme si les mots ultra–libéral où capitaliste étaient indécents, étonnant de la part d'un provocateur!

 

 En quelque sorte provoquer de la pensée pour ceux qui ne connaissent pas la joie de se blottir dans un Chesterfield, mais se posent aussi et surtout la question du comment  on peut arriver à accepter ce double langage de la morale et du profit, qui soit dit en passant, a de moins en moins recours à l'hypocrisie.

 

 A ceux qui donc se posent cette question et attendent une certaine radicalité provocatrice de pensées, je conseille d'allez voir Modeste contribution de et avec Dominique Wittorski, mise en scène par Jean-Marie Lejude à 19 h à la Caserne des pompiers, et Occident de Rémi De Vos  mise en scène par François Bergoin à 16 h05 à la Manufacture.

Publié dans Avignon 2009

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Eric-Gaston Lorvoire 15/08/2009 12:25

Bonjour,

Nous nous sommes rencontrés à l'issue d'une représentation de STABAT MATER... vous nous avez annoncé une critique... Qu'en est-il ? Merci de nous tenir au courant. Et bonne saison 2009/2010.
Cordialement. E-G.L.