"Pur" de et mis en scène par Lars Norén - Etrangère étrangeté

Publié le par Monsieur Guy

"Pur" de et mis en scène par Lars Norén

 

Traduction de Katrin Ahlgren

Assistante et interprète : Amélie Wendling

Décor et lumières : Gilles Taschet

Costumes : Ann Bonander-Looft

avec Catherine Sauval(la femme), Alexandre Pavloff (il), Françoise Gillard (elle), Christian Cloarec (l’homme).


 

Etrangère étrangeté

 

Auteur d'une soixantaine de pièces, le dramaturge suédois, Lars Norén, met en scène à la Comédie Française une de ses dernières créations, "Pur". Ce texte rédigé en 2004, et remanié depuis à de nombreuses reprises par l'auteur, s'inscrit dans un ensemble de pièces appelé Terminal.

 

Terminal, mot au sens équivoque, qui caractérise aussi bien l'espace de l'arrivée, que le temps du départ. Cette ambiguïté traverse toute la pièce et provoque le trouble pour le spectateur. Troublé moi-même, qui, de "La force de tuer" à "Kliniken" en passant par "Automne et hiver", ne m'attendais pas à découvrir un Lars Norén si sobre.

 

                                                                            Crédit photo : Brigitte Enguerand

 

Sur la scène, deux couples: l'un déménage, l'autre, d'une vingtaine d'années plus jeune, emménage dans le même lieu. Espace de départ pour le premier, d'arrivée pour le second.

 

On aura vite compris, et Lars Norén n'en fait pas mystère, ces deux couples ne font qu'un à deux âges différents. Mais cette compréhension ne résout en rien l'énigme, le sens et l'étrangeté du propos.

 

S'il est possible d'envisager deux espaces dans un même temps, l'inverse tient de la gageure. C'est pourtant cette contrainte que s'impose et nous impose Lars Norén.

 

Au couple espace et temps se joint le couple naissance et fin, vie et mort. De ces deux couples indissociables Lars Norén tire les fils de son écriture et de sa mise en scène. La scénographie, le jeu précis et habité des comédiens du Français restituent l'étrangeté de l'œuvre.

 

Cette étrangeté, je l'ai ressentie comme l'émanation du frottement de deux corps étrangers. Aussi étranger que l'un l'est pour l'autre, la femme pour l'homme, l'espace pour le temps et la vie pour la mort. C'est l'autre et sa place qu'interroge Lars Norén, cet autre qu'il nous est si difficile de re-connaître.


S'il fallait trouver le sens du titre "Pur", je pense que c'est vers la métaphore du tamis que j'irais. Comme si l'art de Lars Norén s'était affiné au fil du temps. Son écriture aux mailles de plus en plus fines ne laisse passer et ne restitue que la pureté d'un essentiel. Des cailloux de la colère, aux graviers de la révolte, le sable fin de sa poésie s'infiltre par tous les pores de notre sensibilité.

 

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