IVANOV d'Anton Tchekhov, mise en scène de Philippe Adrien

Publié le par Monsieur Guy

IVANOV d'Anton Tchekhov


Mise en scène de Philippe Adrien

avec : Scali Delpeyrat : Ivanov, Florence Janas : Anna Petrovna, Jean-Pol Dubois : Chabelski , Etienne Bierry : Lebedev, Lisa Wurmser : Zinaida, Alexandrine Serre : Sacha, Olivier Constant : Lvov, Jana Bittnerovna : Babakina, Julien Villa : Kossykh, Thomas Derichebourg : Bortkine, Vladimir Ant : Nazarovna, et la participation d’ Emilie Lechevalier.


Une vingtaine d'années avant que la tornade bolchévique, ses lendemains qui chantent et ses luttes finales renversent le régime féodal des tsars, alors que Freud assistait aux consultations de Charcot, Tchekhov écrivait Ivanov.


Ivanov allait connaître le désenchantement jusqu'à la chute finale. La chute est d'une importance capitale dans cette pièce. Source de rires aussi, elle est l'essence même de la comédie selon Bergson. Elle révèle l'absurdité d'un mouvement ou d'une pensée en proie à la répétition, principale force de son inertie. L'intemporalité et l'universalité d'Ivanov reposent à mon avis sur un axiome très simple. La dépression engendrée par la rencontre de deux mouvements de pensées, comme on pourrait le dire en météorologie de deux masses d'air de densités différentes. D'un côté une pensée de survie, juste bonne à gérer les "affaires" courantes et asseoir sa domination. Et de l'autre une pensée incertaine en proie au doute existentiel, qui doit trouver sa parole, tout en se heurtant sans cesse au langage. Chabelski : "Je ne crois à aucune des paroles que je prononce". Ivanov : " Il aime, il aime plus, il n'est pas maître de ses sentiments… Ce sont là des lieux communs, des banalités, qui ne m'aident en rien… Borkine : "Je cherchais la prose et je trouve la poésie". Dans une lettre à Souvarine, Tchekhov écrit : " Si le public sort du théâtre avec la conviction que les Ivanov sont des salauds et les docteurs Lvov de grands hommes, alors il me faudra prendre ma retraite et envoyer ma plume au diable. Compte tenu de la psychologisation ambiante, peut-être émettrait-il aujourd'hui les mêmes craintes, à l’idée que le public sorte du théâtre avec la conviction qu'Ivanov n’est qu’un malade dépressif.


Hésitant entre la comédie et le drame, à force d'écriture, Tchekhov fait œuvre de poète. Comme Borkine, grâce à la mise en scène de Philippe Adrien nous entendons cette poésie. L'agencement habile des espaces, les différentes profondeurs de champs sont en harmonie avec les reliefs des pensées tourmentées des personnages. Les acteurs sont tous formidables. Quand je pensais à Chabelski, je voyais Jean-Paul Roussillon, et bien maintenant je verrais aussi Jean-Pol Dubois.

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