Le garçon du dernier rang

Publié le par Monsieur Guy

Le garçon du dernier rang

de Juan Mayorga


texte français Jorge Lavelli et Dominique Poulange 

 

conception et mise en scène Jorge Lavelli

 

collaboration artistique Dominique Poulange

scénographie Pace - costumes Fabienne Varoutsikos

lumières Jorge Lavelli et Gérard Monin

son Jean-Marie Bourdat

avec Isabel Karajan : Jeanne, Pierre-Alain Chapuis : Germain, Christophe Kourotchkine : Rapha père, Nathalie Lacroix : Esther, Sylvain Levitte : Claude, Pierric Plathier : Rapha

 

au Théâtre de la Tempête

 

Virtuosité, le mot n'est pas trop fort pour qualifier cette belle création qu'est Le garçon du dernier rang. Il fallait bien un metteur en scène du talent de Gorge Lavelli pour restituer l'univers de Juan Mayorga. C'est leur deuxième collaboration, et espérons que d'autres suivront. C'est à partir d'une proposition assez simple voire banale que s'enclenche une écriture d'une redoutable précision et d'une forte capacité évocatrice.

 

                                                                                   Juan Mayorga et Jorge Lavelli

 

Un professeur de littérature, Germain, donne un devoir à ses élèves: racontez votre dernier week-end. Et c'est là que tout se complique tout en restant très clair, grâce à la mise en scène. Le garçon du dernier rang, Claude, rend la meilleure copie qu'il termine par "à suivre". Si Germain, le maître, par son pouvoir donne le départ, c'est bien Claude, l'élève, qui par son savoir maîtrise l'évolution et la chute de son récit. Le pouvoir d'écrire de l'élève échappe au savoir de l'écrit du maître. Pouvoir et savoir s'opposent et se confondent. Et dans cette rencontre paradoxale entre ce qui échappe et ce qui fait retour s'instaure un malaise déstabilisant pour les protagonistes, et désopilant pour nous, spectateurs.

 

 

Les qualités d'écriture de Claude sont-elles dues à un véritable don d'observation ou à un voyeurisme pervers? L'attirance pour la femme de Germain et la mère de Rapha est-elle le fruit de l'amour ou d'un déplacement compensateur d'une mère morte trop jeune? Toute l'habilité de l'écriture de Mayorga, nous conduit non seulement à une tentative de réponse à ces questions, mais surtout, et en un même temps, au pourquoi et au comment naît notre questionnement.

 

Si dans le théâtre de Tchékhov le ciel est souvent menaçant, dans celui de Mayorga la menace vient du sous-sol. A partir de la rencontre des plaques telluriques que sont le réel et le fantasme, la maîtrise du savoir et les possibilités du pouvoir, il restitue par une écriture au scalpel, les micros failles occasionnées à la surface des mots et des corps de ses personnages. Ces chocs et glissements, grimaces de la condition humaine, provoquent dans un même temps, rire et émotion.

 

Professeur de philosophie et de dramaturgie, Juan Mayorga nous donne presque un cours de dialectique: comment accepter l'unité des contraires, quand le manichéisme et la pensée binaire conduisent la subjectivité des personnages vers la peur ou la réalisation d'un passage à l'acte: la peur de Jeanne et la gifle finale de Germain.

 

 

 

                                                  Les commédiens Sylvain Levitte, Pierric Plathier Photo: A. Bozzi

 

Les comédiens sont tous formidables, mais comment peut-on ne pas l'être devant le savoir et l'expérience que requiert un tel travail. Dans le rôle de Claude, Sylvain Levitte est tout bonnement époustouflant. Tant pis pour les poncifs, mais j'ai eu l'impression de voir naître là, un grand acteur.

 

Merci et bravo à tous pour ce théâtre qui nous transporte et nous transforme, en nous rendant un peu moins bête en sortant.

Commenter cet article