Vanité, Fantaisies, l'Eloge du poil - Mais que fait la peau lisse?

Publié le par Flattot Guy


Vanité

Ecriture et mise en scène Benoît Fourchard

Interprétation, manipulation, création des objets Delphine Bardot



Fantaisies

Texte, mise en scène et interprétation : Carole Thibaut

Travail sur le corps : Philippe Ménard


Le site de la compagnie de Carole Thibaut


 

L'éloge du poil de Jeanne Mordoj

Mise en scène par Pierre Meunier

Avec Jeanne Mordoj


 

Mais que fait la peau lisse?


Le hasard et le miracle des rencontres ont voulu qu'en l'espace de deux jours je vois trois spectacles qui, chacun à leur manière, abordent la place du poil dans notre imaginaire.

 

C'est dans le cadre du festival "La genre Humaine" organisé par Carole Thibaut à l'Espace Confluences que j'ai eu le plaisir de découvrir les deux premiers.

 

Dans "Vanité", l'auteur Benoît Fourchard met en scène Delphine Bardot, comédienne et marionnettiste. Elle incarne à merveille les tourments d'une femme à la plastique parfaite. Si elle souffrit dans son enfance d'être réduite à l'image de la jolie petite fille, elle est bien décidée aujourd'hui à se servir de cet atout. Benoît Fourchard nous fait entendre que se servir de soi, c'est avant tout être au service d'un soi qui n'est déjà plus soi: un autre, un idéal, ici l'idéal féminin, incarné par la poupée Barbie. Par la manipulation de ses poupées, Delphine Bardot symbolise les violences faites à elle-même dans cette chasse désespérée aux imperfections de la vie. Pas de graisse, pas de poil. Gardienne de la beauté établie, elle fait la police à son corps.

 

Dans sa dernière création "Fantaisies ", Carole Thibaut frappe fort. Fort par son écriture et par le dynamisme de son jeu. Elle prolonge en quelque sorte le propos de Benoît Fourchard. Elle interroge et malmène, non sans humour, l'idéal féminin. Devient inquiétant, ce qui dans un premier abord peut prêter à sourire, lorsque qu'elle pointe l'écart sournois entre l'idéal et l'idéologie. De la chasse aux poils de la femme idéale, à ceux de la barbe de l'ayatollah dont s'affuble la comédienne dans un moment d'une grande intensité, Carole Thibault réussit à nous faire entendre et voir que les lois perverses de la soumission s'inscrivent aussi dans la banalité du quotidien.

 

Le troisième spectacle c'est au Théâtre de la Bastille que je l'ai vu. Pierre Meunier y met en scène "L'éloge du poil" de et avec Jeanne Mordoj. Et là rien n'est lisse, tout est aspérité. Comédienne, femme de cirque, ventriloque et barbue de surcroît Jeanne Mordoj nous entraine dans un univers poétique où chantent les fossiles. Un univers où les contorsions, les phantasmes humides et terreux s'expriment et prennent à rebrousse-poil l'ordre de la peau lisse, de ceux qui ne veulent rien voir dépasser.

 

Pierre Meunier aime les rencontres, et il est prolixe. De concert avec ce beau travail, il est sur scène avec Nadège Prugnard dans Sexamor que l'on verra au Théâtre de la Bastille en novembre prochain. Et puis il met en scène à partir du 28 mai "Vivant" d'Annie Zadek au Studio-Théâtre de la Comédie Française.

Publié dans Théâtre

Commenter cet article