Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 14:01

PAULA SPENCER de Roddy Doyle,  La femme qui se cognait dans les portes

 

Adaptation et mise en scène de Michel Abécassis

 

avec Olwen Fouéré

 

D'un commun accord, Michel Abécassis, metteur en scène français, et Olwen Fouéré, comédienne Irlandaise, décident de créer un spectacle, "Paula Spencer", à partir de deux romans de l'écrivain irlandais Roddy Doyle.

 

A l'origine, cette initiative s'inscrit dans le cadre d'un projet culturel européen reposant sur la collaboration d'artistes français et d'artistes des vingt-six autres pays de l'Union européenne.


  Roddy Doyle est un écrivain irlandais dont l'écriture puise et s'enrichit dans la culture essentiellement orale des ouvriers et des laissés-pour-compte des faubourgs de Dublin.


  En 1997, il publie " La femme qui se cognait dans les portes", roman noir qui relate la vie de Paula Spencer, une femme tyrannisée par la violence de son mari avec lequel elle partage l'alcoolisme. Dix années plus tard, il revient vers son personnage pour écrire "Paula Spencer", un roman où son héroïne reprend goût à la vie en ouvrant les portes sans s'y cogner.

 

Partant de ces deux textes de Roddy Doyle, Michel a su créer une texture théâtrale où se laissent entendre toutes les contradictions de Paula Spencer. C'est dans le mouvement et les frictions de ses contradictions que naît l'énergie de sa pensée. Attraction et répulsion pour son mari, Charlo. "Je l'ai dans la peau", dit-elle à plusieurs reprises, alors que c'est sur sa peau qu'il inscrit le bleu des hématomes pendant de longues années, avant de se faire trouer la sienne par les flics dans une sordide prise d'otage. Mère en même temps que sœur de misère de ses enfants, ou qu’enfant de sa fille ainée qui prend soin d'elle lorsqu'elle sombre dans la déchéance. Elle occupe toutes les places faute de trouver la sienne.


  De cette masse tumultueuse de dualités et de contradictions, Michel Abécassis a tiré des fils d'ombre et de lumière, de mots et de silences, et tissé un spectacle où nous, spectateurs, sommes invités à éprouver du sens, de l'altérité et de la bienveillance, mais en aucun cas une larmoyante compassion.


  Au tout début, ainsi qu’à la fin, Paula nous supplie : "Questionnez-moi! Questionnez-moi! Comme pour nous inviter à l'aider à donner une parole à tout ce savoir acquis à force de côtoyer la misère. Et dans un même mouvement, nous questionner sur ce que nous savons de la misère et de la posture que nous adoptons face à elle.

 

Michel Abécassis aime adapter au théâtre les textes d'auteurs contemporains (Kafka, Pessoa, Perec, etc...). Dans cet exercice, il a acquis un indéniable savoir faire. "Paula Spencer" en est la confirmation. Il a su s'entourer d'artistes de grand talent : Olwen Fouéré, comédienne franco - irlandaise dont la qualité du jeu rappelle des actrices comme Anna Thomson ou Gena Rowlands, Jean-Guy Lecat, assistant de Peter Brook pendant plus de vingt années, pour la scénographie et la lumière, et Gabrielle Strum en tant que collaboratrice artistique.


                                                         Olwen Fouéré Image © Agathe Poupeney


Dans le jeu et les yeux, brillants tous les deux, d'Olwen Fouéré, se concentrent la force, la chaleur et l'humanité de ce beau travail.

 

Bravo et merci!

 

Par Monsieur Guy - Publié dans : Mes plus beaux moments de la saison 2008-2009
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 13:18

L'Apprentissage de Jean-Luc Lagarce


 

Mise en scène de Sylvain Maurice,

avec Alain Macé,

lumière : Xavier Mélot, son : Jean de Amalda


 

C'est au Théâtre des Déchargeurs que j'ai découvert "L'Apprentissage" de Jean-Luc Lagarce, un lieu que j'affectionne particulièrement, où les propriétaires et animateurs, Lee Fou Messica et Ludovic Michel privilégient les écritures contemporaines et les jeunes créateurs. Au bar, Ludovic Michel nous fait partager son autre passion: le vin et il en parle, aussi bien qu'il parle de théâtre.

 

En 1993, Roland Fichet commande un texte ayant pour thème la naissance, à plusieurs auteurs dramatiques. Sollicité, Jean-Luc Lagarce livrera le sien un an plus tard, et ce fut "l'Apprentissage" C'est bien d'un texte sur la naissance dont il s'agit et non sur la renaissance comme j'ai pu le lire ailleurs, la naissance à soi, pour soi, ou le "je" incertain de celui qui raconte interroge sans cesse la véracité des "on" et "il" dont il est à la merci. Dès les premiers mots : "Celui qui raconte", nous sommes avertis. Ce lui, entre je pour lui et il pour l'autre, il pourrait bien être moi, je pourrais bien être lui.


                                                                Alain Macé


Le rideau s'ouvre, un rideau blanc d'hôpital, Alain Macé apparaît dans le halo d'un projecteur. Hôpital ou music-hall? Présentation ou représentation? Naissance ou renaissance? C'est dans cet écart, cette incertitude, que naît et se déploie la parole de Jean-Luc Lagarce. Un entre-deux où il est impossible de savoir si nous avons affaire là à une comédie ou à une tragédie. J'ai rarement ressenti au théâtre une telle intimité, une telle fraternité avec l'auteur. Alain Macé par son jeu, incarne cette parole avec justesse, aidé en cela par la mise en scène de Sylvain Maurice. Ils accompagnent l'œuvre avec précaution entre force et fragilité.

 

Voilà du théâtre, et du meilleur, que je ne suis pas près d'oublier. Jai lu et relu ce texte depuis, et j'ai revu la pièce une seconde fois.

Par Monsieur Guy - Publié dans : Mes plus beaux moments de la saison 2008-2009
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