Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 18:02

modeste Modeste contribution


Auteur : Dominique Wittorski
Mise en scène : Jean-Marie Lejude
Avec : Dominique Wittorski, Caroline Guth

 

 

Au Théâtre du Lucernaire, jusqu'au 25 février,  du mardi au samedi à 19h

 


C'est dans la bien nommée salle du Paradis au Lucernaire qu'avec "Modeste contribution" nous allons connaître l'enfer du décor, où comment derrière le verbiage de la raison, du progrès et de la paix se tient tapie, la barbarie.

Présentée par sa collaboratrice (Caroline Guth) comme étant un expert, c'est en véritable prédicateur  que Dominique Wittorski va s'efforcer de nous convaincre des bien-fondés de la nécessité de rétablir la peine  de mort pour tous les délits. Ce brave homme est bien sûr au-dessus des vues partisanes, qu'elles soient politiques ou idéologiques. L'heure est grave, il donne de sa personne et de son savoir à la société, ce n'est plus le moment de s'embarrasser de futilités telles que les sentiments et la morale. Il faut é-li-mi-ner!

D'emblée, auteur et comédien de son spectacle mis en scène par Jean-Marie Lejude, Dominique Wittorski crée le trouble en prêtant son nom au principal protagoniste, pour ensuite dans un  spectacle qui tient tout à la fois de la farce et de la tragédie, nous inviter à nous interroger sur notre présence au théâtre (un spectacle qui se donne en société) et celle qui est aussi la notre devant les messes médiatiques (une société qui se donne en spectacle).

On peut bien sûr considérer cette  pièce comme salvatrice en ces temps préélectoraux.  Mais ce qui en fait la force c'est son universalité, et qu'au-delà des fins les plus horribles, ce sont les moyens qui sont ici interrogés. Dans un premier temps nous rions, la rencontre du simplisme des moyens face à l'énormité de la fin crée la farce.  Mais le simplisme de cette rhétorique fait de sens pratiques, de raison, voire de raisonnable, flatte à notre insu la paresse et un certain conformisme de notre pensée. Dominique Wittorski et sa "Modeste contribution" réveille l'éventuel  dindon qui pourrait dormir en nous et risquerait d'être celui de la farce. Bravo!
 

Par Monsieur Guy - Publié dans : Théâtre - Communauté : théâtre
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Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 20:16

PLUME d'Henri Michaux


Metteur en scène : Sylvain Maurice
Avec Alain Macé, Dayan Korolic

 

Au Théâtre des Déchargeurs, jusqu'au 29 octobre

 

 

Une nouvelle saison commence… de belles promesses en perspective, mais déjà une  belle découverte et une déception, je commencerais par celle-ci: "Le Voyage d’Alice en Suisse", de Lukas Bärfuss, actuellement au Théâtre de La Bruyère, après avoir été jouée au Grenier à Sel lors du dernier Festival d'Avignon et récompensée par  le prix de l'Adami.

 

J'avais découvert Lukas Bärfuss en voyant "Les Névroses sexuelles de nos parents" dans la belle mise en scène de  Hauke Lanz, au Théâtre Paris Villette en 2009. "Le Voyage d’Alice en Suisse" traite de l'euthanasie en Suisse, les "Névroses"  du traitement affligé aux personnes en prise à des troubles du comportement. Mais là, où entre la tragédie et l'absurde,  Hauke Lanz  nous faisait entendre les contradictions d'une société bien pensante, Yvon Lapous nous invite à un univers quasi  clinique, monotone et sans relief. Les comédiens donnent l'impression de faire leur travail, de ne pas être portés par une tension. Une mise en scène qui rend confortable un texte qui ne l'est pas.  Un théâtre enfin, qui profitant de l'air du temps, trouvera peut-être sa place et fera le plaisir de ceux qui apprécient autant le confort des sièges que le réconfort que procure l'illusion de faire partie de ceux qui pensent bien.

 

 

Il en va tout autrement pour "Plume" de Michaux au Théâtre des Déchargeurs

 

Déjà présent l'année précédente dans le même lieu pour "L'apprentissage" de J. L. Lagarce, où ils ont eu un bel accueil, tant de la part du public que des critiques, le metteur en scène Sylvain Maurice  et le comédien Alain Macé récidivent pour notre plus grand bonheur.

 

 


plume

 

 

 

De Lagarce à Michaux en passant par Beckett (Premier amour, cet été à Avignon) Sylvain Maurice et Alain Macé nous enchantent par la constante qualité de leur travail.

 

Qu'il est bon d'entendre Henri Michaux, surtout pour ceux qui comme moi le connaissent si peu.  Un poète qui non seulement vous rend moins bête, mais qui dans un même temps vous rend fier de ces idées parfois en vous que vous n'osez pas exprimer. Il refusera toute sa vie la place du maître, de celui qui sait, de celui qui a. "Il n'est pas de moi. MOI n'est qu'une position d'équilibre" 

 

Dans "Poteaux d'angle": "Bête pour avoir été intelligent trop tôt. Toi, ne te hâte pas vers l'adaptation.

Toujours garde en réserve de l'inadaptation".

 

Et encore: "Dans la chambre de ton esprit, croyant te faire des serviteurs, c'est toi probablement qui de plus en plus te fais serviteur. De qui? De quoi?  Et bien, cherche. Cherche."  

 

"On n'est pas seul dans sa peau", disait-il aussi.  Ce qui rend difficile de qualifier Plume c'est justement la multiplicité des interprétations que l'on peut en faire. Plume n'est pas seulement une victime du sort, il en est aussi parfois l'agent, le complice. Par son jeu Alain Macé s'empare de cette multitude de facettes.

 

Quel cirque la vie! Pour Michaux le dompteur de mots, l'acrobate des sens, le funambule de la déraison, Plume semble avoir été son clown.  Dans un même corps le burlesque et le cauchemar s'entrelacent.  Alain Macé incarne à la perfection le nerf et la chair du verbe de Michaux en  faisant  corps avec lui, en nous en  restituant toutes les nuances. On ne peut que saluer sa performance. Par sa présence, le musicien Dayan Korolic à la basse, rythme et  fait écho de belle façon au jeu d'Alain Macé.

 

Bravo et merci pour ce beau travail d'équipe, qui nous donne l'envie de relire ou de découvrir un grand poète.

                                                                                                                                                        

Par Monsieur Guy - Publié dans : Théâtre - Communauté : théâtre
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Lundi 9 mai 2011 1 09 /05 /Mai /2011 18:35

La mastication des morts, oratorio in progress de Patrick Kermann

 
Adaptation et Mise en scène : Olivier Lacut, assisté de Laurianne Gadais
Collaboration chorégraphique : Anna Rodriguez
Scénographie : Sara et Davide Comelli
Décors : Samuel Dallez, Guillaume Lacut
Lumières et son : Fabien Aumeunier
Avec : Olivier Lacut

Au  Théâtre des Déchargeurs, les lundis, jusqu'au 27 juin.
 

 

Un homme se rend dans le village de son enfance. De la place de la Mairie à la Grande rue en passant devant le café de la mère Pascale, il se remémore les différents visages d'habitants aujourd'hui disparus: "Mort, le village m'apparut mort de ses occupants". Ses pas l'emmènent au cimetière, il s'y endort près de ceux gagnés par le sommeil éternel.    

 

La "Mastication des Morts" de Patrick Kermann est  un texte de théâtre ouvert. La frontière entre la vie et la mort abolie, notre subjectivité vagabonde alors par-delà les catégories, clivages et manichéismes  qui se révèlent être autant d'obstacles à notre imaginaire. A tous les possibles nous sommes ici tenus.

 


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                                                                           photo © Yann Rossignol

 

Le texte de Patrick Kermann est diablement malin. Il est à la fois le minerai brut et le bijou finement ciselé. Une écriture proche de celle de Georges Perec.

 

Au tout début, sur un écran, en fond de scène  est projeté une citation de La Bruyère: " Il n'y a pour l'homme que trois événements: naître, vivre et mourir ; il ne se sent pas naître, il souffre à mourir et il oublie de vivre". Et sur la fin, la parole de Riboux Mariette née Levrault 1945-1989: "je dis/la terre aux vivants/rendons la terre aux vivants/je dis".

 

C'est entre ces deux jalons  qu'Olivier Lacut tend son fil et prend de la hauteur en nous proposant son imaginaire au travail par sa mise en scène et son jeu.

 

Un numéro d'équilibriste  où les déplacements du corps du comédien  accompagnent  et croisent les mots d'outre-tombe dans un ballet quasiment surréaliste.

 

L'interdit et le non-dit enterrés, les mots font surface tels des feux follets après la décomposition du mieux-disant, ils se livrent alors à une parole où   l'atrocité côtoie la tendresse, le rire le cri, le coup la caresse.

 

Par-delà les faits divers ou les livres d'histoire avec leurs infanticides, parricides, génocides, leurs accidents stupides, les mots  prennent ici une dimension poétique.

 


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                                                                              photo © Yann Rossignol

 

 

Sur l'écran du fond de scène apparaît les noms de ceux qui parlent, gravés aussi parfois sur les monuments aux morts de nos villages, les noms de ceux tombés en obéissant aux ordres de la "grande muette".

 

Le jeu tout en nuances d'Olivier Lacut, la qualité du travail sur le son et la lumière, nous plongent  toute la durée du spectacle dans un univers où l'inquiétude et l'espoir, les rires et les larmes tendent à l'unisson vers un urgent et infini désir de vivre.

 

A noter que si le théâtre des Déchargeurs sait accueillir de jeunes compagnies au talent prometteur,  il offre aussi les murs de son bar à d'autres créations. En ce moment  on peut y découvrir les "Sariennes"  de Sandrine Mondary. De belles acryliques sur lin naturel, où des couleurs flamboyantes s'allient à des courbes sensuelles où s'estompe la frontière entre le  charnel et le minéral.

Par Monsieur Guy - Publié dans : Théâtre - Communauté : théâtre
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 20:33

Les Prédateurs

 

Auteurs : Patrick Chevalier et Ismaïl Safwan
Mise en scène : Ismaïl Safwanh
Distribution : Patrick Chevalier

 

Au Lucernaire, jusqu'au 27 mars

 

 

Lors d'une interview en 1973,  Jean Luc Godard disait: "L'exploiteur ne raconte jamais à l'exploité comment il l'exploite, c'est à l'artiste de le faire", et il précise  par la suite qu'il incombe à l'artiste de raconter d'une autre manière pour à la fin raconter autre chose.

 

C'est de cette autre manière que Patrick Chevalier et son spectacle "Les Prédateurs" s'emparent. Il ne nous dit pas plus que ce que l'on peut savoir par ailleurs des prédations du monde de la finance et de la crise des subprimes.  Après un bref et légèrement laborieux  exposé de la situation économique actuelle, Patrick Chevalier nous entraine dans une succession de portraits dont le burlesque révèle  le nihilisme effroyable dans lequel baignent ces hommes agités par leur seule cupidité. Dire d'eux qu'ils sont cyniques serait un euphémisme. Ils ne sont pas immoraux mais amoraux. Il leur faut des hommes objets pour atteindre leurs objectifs. Patrick Chevalier nous fait entendre les corrélations fréquentes et révélatrices entre les mots du marché et ceux de la guerre.


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Dans "L'indicible", Joseph Roth écrit: " Le cercle magique de mensonge que les criminels tracent autour de leurs méfaits paralyse la parole et les écrivains qui la servent".

 

La complexité de la démonstration du "professeur d'ingénierie quantitative" et le discours alambiqué de l'amateur d'art nous renvoient à une pseudo complexité derrière laquelle s'abrite l'oligarchie financière et politique afin de désarmer toute critique. Il ne pourrait y avoir de réponses simples au malheur puisque que les questions  des experts de tout poil sont compliquées.

 


Les-Predateurs-2-Patrick-Chevalier.jpg

 

 

Coécrit et mis en scène par Ismaïl Safwan, "Les Prédateurs" par son parti pris,  interpelle  dans un même temps la place et le rôle du théâtre et du spectateur.

 

Les mots et la figure du comédien qui jouent, là,  devant nous dans cet instant privilégié parce que choisi, nous renvoient aux commentaires ou discours  ambiants, subis, qui pourraient bien se jouer de nous.

 

Dans un épilogue savoureux, Patrick Chevalier convoque La Boétie  et son " Discours de la servitude volontaire" plus actuel que jamais, bien qu'écrit en 1552.  

 

Pour ma part,  en sortant du spectacle  il m'est revenu à l'esprit  cette pensée de Blaise Pascal: "Il ne faut pas que le peuple sente la vérité de l’usurpation : elle a été introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable ; il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement si on ne veut qu’elle ne prenne bientôt fin".

 

Merci et bravo à Patrick Chevalier et Ismaïl Safwan pour cette belle communion entre le rire et l'intelligence.

Par Monsieur Guy - Publié dans : Théâtre - Communauté : théâtre
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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 20:20

Au pied du mur sans porte

 

Ecrit et mis en scène par: LAZARE

Scénographie : Marguerite Bordat

Chorégraphie : Conseil chorégraphique Marion Faure 

Comédien : Anne Baudoux, Julien Lacroix, Claude Merlin, Mourad Musset, Yohann Pisiou, Claire-Monique Scherer

Musicien : Benjamin Colin, Frank Williams 

Lumière : Bruno Brinas

Son : Composition sonore Benjamin Colin, Frank Williams 

 

Amateurs de théâtre pour qui la finalité n'est pas de comprendre, pour qui l'empressement à savoir si vous avez aimé ou non n'est pas si important, bref si, de vous retrouver à la porte de chez vos opinions ou convictions face à un mur d'incertitudes ne vous fait pas peur, alors courrez voir "Au pied du mur sans porte".

 

Faites le mur et ouvrez grandes vos portes. Vous allez entendre les bruits et les mots de la cité, de la zone, de la marge. Les dérangés, les décentrés, les étrangers, sont là, à ne pas vous attendre. Quand bien même vous auriez payé et réservé votre place, vous aurez l'étrange sensation d'arriver à l'improviste.

 

Ici la parole se coupe, se fragmente. Le sens s'interdit et les voix sont sans issues face au mur de la domination et de ses sirènes "compatissantes" ou policières. Toute agitation devrait cesser et le sommeil régner grâce aux somnifères licites ou non.

 

Face à cette coexistence pacifique souhaitée, le théâtre de Lazare oppose et propose une coexistence poétique.

 

Les cités de banlieue, Lazare les connaît, il y est né. Sachant à peine lire et écrire, il va être accueilli au Théâtre du Fil à Savigny/sur/Orge. Dans ce lieu où aucun niveau scolaire n'est exigé il va prendre ses premiers cours de théâtre. Ce sera pour lui une véritable révélation. Ensuite il sera accueilli à l'Ecole du Théâtre National de Bretagne et jouera sous la direction de Stanislas Nordey. Il y rencontrera aussi Claude Régy qui aura sur lui une belle influence.

 

Lazare nous propose une plongée dans le quotidien des cités en suivant le parcours de Libellule, enfant issu de l'émigration et en proie à une grande agitation. Ce n'est pas par des effets de bonnes paroles et d'indignations que fonctionne le théâtre de Lazare. On n'en sort pas avec la confortable impression d'être du bon côté. Pas de message, mais une invitation au voyage dans les contrées troubles et singulières de l'enfance et de l'adolescence.

 

Seul dans sa chambre, Libellule (Mourad Musset) en prise à son imagination casse son jouet, de cette fracture naît son double (Claude Merlin). A partir de cette idée forte Lazare tisse son écriture et sa mise en scène et nous entraine vers une perception poétique d'un domaine où l'apriorité se devrait d'être essentiellement politique.

 

 

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L'originalité et la vigueur de l'écriture de Lazare repose sur sa capacité à entrelacer les antagonismes jusqu'à les unir: Dans un même espace-temps, cohabitent la mort et la vie, l'autre et son double, le mur et la porte. En proposant un dépassement du manichéisme, Lazare offre au spectateur un nouveau champ de vision et de sensibilité. Le propos n'est plus de savoir ce qui oppose, mais ce qui désunit.

 

En créant l'analogie entre l'agitation des cités et celle qui traverse Libellule, Lazare nous renvoie à la nôtre et à la fragile union entre être au monde et naître à lui.

 

Sur le plateau, une belle cohésion servie par un savoir faire et une énergie sans faille des comédiens. Musiques, chants et textes communient à l'unisson afin de nous faire entendre toute la poésie de cette création vraiment singulière et originale.

 

Ce spectacle à été donné à L'Echangeur à Bagnolet. Je ne manquerai pas de vous signaler sa reprise en d'autres lieux.

 

Sinon il est possible de voir le précédent spectacle de Lazare: >strong>"Passé - je ne sais où, qui revient" à la Comédie de Béthune(62) du 15 au 17 février.

Par Monsieur Guy - Publié dans : Théâtre - Communauté : théâtre
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